Quand on donne aux choses un sens,
rien de sert de chercher la direction

Composition et performance
2024
Extrait

Note de programme

Quand on donne aux choses un sens, rien ne sert de chercher la directionest une performance s’inspirant du mode de production capitaliste dans une posture critique. Deux travailleurs vêtus d'une chienne de travail et entourés d'une panoplie d'objets vétustes s’affairent devant nous. Ils scient un tronc de sapin baumier, soulèvent des roches, transvident du sable, transcrivent à la main et sur une dactylo, mais que font-ils vraiment? Savent-ils eux-mêmes ce qu’ils créent ou ne font-ils que suivre l’horloge qui tourne au centre de la pièce? Dans cette pièce, les bruits des matériaux et des gestes révèlent une musicalité où le son réel de la matière se mélange à un assemblage musical l’accompagnant, résultant en un bourdonnement itératif incessant, celui d’une machine qui ne sait s’éteindre. Dans une journée de travail où l’horloge de poinçonnage promet la prochaine pause, le cycle de travail, lui, ne cesse pas. Le quotidien d’un travailleur, manuel ou administratif est composé d’une multitude de gestes formatés. Peut-il tout de même exister de façon unique, être? Au fil de gestes répétitifs, d’actions aux sens incertains pouvant rendre dubitatif, ces deux travailleurs anonymes vivent, devant nous, le spectacle banal de la société moderne. Ils travaillent, gagnent et mangent des pinottes, et recommencent, jusqu’à ce que l’horloge sonne, sans poser de question. Cette installation-performance prend son sens dans sa longueur et son caractère itératif, sempiternel. Elle invite donc les visiteur·trice·s à venir contempler la construction qui s'opère dans la scénographie éclatée à différents moments de la journée, et ce pendant plusieurs jours (selon les possibilités de diffusion). Ainsi, dans cette répétition formelle apparente se bâtit un discours parallèle sur l'utilité, la rémunération, la matérialité et l'épuisement du sens.

*Oeuvre lauréate du Premier prix ainsi que des prix Martin-Gotfrit-Martin-Bartlett et Yves-Gigon lors du concours JTTP 2026 de la Communauté électroacoustique canadienne. 

Photo: Nina Gibelin Souchon

CRÉDITS
Scénographie, composition, performance
Emanuel Brie et Antonin Gougeon-Moisan

Captation vidéo
Gabriel Geneau